jeudi 3 avril 2014

Notes personnelles épisodiques


AVERTISSEMENT : Ci-après se trouvent des notes écrites tout au long du temps
(ça commence en octobre 2014). Parfois, en les relisant, je voudrais formuler autrement une idée, je constate des redites, et je vois même des contradictions ; grâce à ce logiciel d'écriture, je pourrais facilement effacer ou réécrire, mais je préfère laisser en l'état. Je m'autorise seulement le décoquillageAprès tout, j'assume : "Il faut savoir changer pour rester soi-même" dit Simone de Beauvoir.


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Lecteur,  tu t'apercevras que la chronologie est inversée : les notes les plus récentes sont "en haut" ; en déroulant donc, on remonte le temps.
Si tu veux faire un commentaire ou m'écrire, fais-le   ICI

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Mai 2018

S'exposer à tout prix, s'exposer à tous vents ?
Le plaisir du plasticien est dans l'action même de la production de l'oeuvre, mais il est aussi dans la confrontation du résultat avec les autres et dans l'écho qu'il suscite. Quand je vois mes tableaux entreposés dans leur râtelier, dans mon atelier - entre deux rares expositions, je me dis que les street-artistes ont résolu le problème : eux, ils s'exposent en permanence. Et si j'accrochais mes tableaux dans les rues, que se passerait-il ?...


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Avril 2018

Une certaine sagesse pas très romantique
"Le problème n'est pas de chercher le bonheur, mais d'éviter l'ennui. C'est faisable avec de l'entêtement."
Gustave Flaubert (correspondance)
et plus tard : "Non, je ne crois pas le bonheur possible, mais bien la tranquillité."

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Après 15 jours d'"étude sociologique" sur les nombreux visiteurs de mon exposition à Gordes sur la chute des corps, il est possible de conclure que le public plutôt âgé trouve mes chutes plutôt tragiques, alors que les plus jeunes trouvent cela dansant et dionysiaque ; ça peut se comprendre, quand on se rapproche de la chute finale on fait moins les malins...

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L'art, un P.G.C.D. ?
En ayant eu l'occasion d'observer un grand nombre de visiteurs (plusieurs milliers) à mon exposition à la Chapelle de Gordes* et en notant objectivement, tel un sociologue, leurs différentes attitudes devant un tableau, je me dis que l'art est sûrement un des plus grands communs diviseurs de l'humanité. Il y a beaucoup d'autres sujets de divisions (religieux, politiques, etc.) mais celui-là me semble assez radical en ce sens qu'il forme notre jugement sur des choses : les "objets d'art", induisant peut-être une vision plus large sur le monde. Evidemment le livre d'or de l'exposition, pourtant très fourni, ne recueille que les louanges. Mais il en est un autre, virtuel, et sûrement beaucoup plus volumineux, qui marque l'indifférence, et peut-être même quelques fois, le mépris. C'est ce que j'ai ressenti pendant ce séjour. 
Soyons juste cependant, ce séjour m'a permis de faire quelques dizaines de belles rencontres. Et soyons optimiste : un art qui ne divise pas est plutôt suspect quant à son authenticité.
Au travail.

* à noter que cet espace est complètement ouvert sur la place principale du village, et qu'à Gordes se retrouvent des touristes du monde entier : des cars, venant des paquebots de croisières faisant escale à Marseille, les apportent par vagues. Certains ne prennent même pas le temps d'enlever leurs lunettes de soleil lorsqu'ils "font" l'exposition - c'est un critère objectif que j'ai noté, outre le temps de défilement devant un tableau.
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Ne cherchez pas, et vous trouverez
Il faut suivre cette maxime de Paul Rée. En cherchant trop, on inhibe les mouvements involontaires, or ce sont ceux-là qui comptent, dit-il.

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Premiers jours d'exposition à Gordes à la Chapelle des Pénitents.
Que de monde ! 90% de badauds, 10% de gens intéressés dont la moitié entame une conversation bienveillante, parfois passionnante, à partir de l'exposition, et des acheteurs... (Heureusement ! sinon quelle galère - d'ennui - la journée de galériste...).
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"Pour un artiste, il n'y a qu'un principe : tout sacrifier à l'Art. La vie doit être considérée par lui comme un moyen, rien de plus, et la première personne dont il doit se foutre, c'est de lui-même"
Flaubert, lettre à Maupassant
Rude principe, du moins dans la première partie ; en revanche, se foutre de soi-même ça doit être possible en y réfléchissant...

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On a beau s'en défendre, on est toujours flatté
De se voir le premier dans sa localité.
Recorde, cité par Flaubert


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Mars 2018

"Chaque notaire porte en soi les débris d'un poète."
Flaubert (Madame Bovary)

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Cette semaine Télérama titre : "COROT, peindre, tout simplement".
J'aurais autant aimé la virgule autre part : "Peindre tout, simplement".

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J'aime la peinture de Jean-Michel Basquiat.
Mais avant d'être peintre, Basquiat fut grapheur, c'est-à-dire qu'avant le pinceau il mania la bombe dans la rue sous le pseudo de SAMO. La mutation est d'importance à mes yeux (au sens propre). Comment dire ? Pour moi, la peinture à l'aérographe, avec ses aplats et ses dégradés parfaits, a un côté immatériel, mécanique, presqu'inhumain, qui me touche peu. C'est une sorte de calligraphie ("belle écriture") ou la rapidité du geste est primordiale, car dans la rue, il y a urgence... Ainsi, le grapheur SAMO se fit remarquer par sa virtuosité. Mais quelle différence avec les tableaux plus personnels du peintre ou s'exprime une maladresse savante et néanmoins authentique ! L'urgence est toujours là, mais ce n'est plus la peur du flic qui la motive, elle devient métaphysique, existentielle, et elle est humanisée par l'instrument "pinceau", humble prolongement du bras qui traduit les hésitations, ce que ne fait pas la bombe. Le pinceau a aussi cet avantage sur la bombe qu'il est en contact physique avec son support, il y pose plus ou moins de matière, et on peut sentir subtilement l'énergie qui l'impulse. En cela le peintre reste tout proche de l'homme de Lascaux, qui nous touche encore profondément. 
Je comprends alors pourquoi Basquiat ait voulu (inconsciemment) abandonner son pseudo en peignant sur des chassis plutôt qu'en bombant le métro ou les murs new-yorkais, il mettait plus de sa personne dans ses tableaux. 

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Une ignorance savante qui se connaît
Je ne peux retrouver l'innocence de l'enfance, l'art naïf ou brut - que j'admire, m'est à jamais interdit ; est-ce prétentieux de dire cela? Mais, je ne peux faire semblant, pratiquer un art faux modeste. Il ne me reste qu'à essayer d'être dans "une ignorance savante qui se connaît" comme dit Pascal, car je sais la vanité du chemin artistique que j'emprunte, mais je ne peux m'empêcher d'avancer, c'est ce qui me fait enrager.

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Prétention vaine
Une volonté éthique de ne pas être dans le jeu de la "distinction" bourdieusienne, et en même temps (comme dirait l'autre), une sorte de dédain instinctif pour un art du commun, qu'il soit de masse ou d'élite (il y a aussi un mainstream d'élite). Bref, un rêve inatteignable d'originalité absolue.  
Quelle prétention! quelle vanité ! car, je le sais, je suis fait des autres.

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Février 2018

Je viens de dénicher un livre 
d'un certain Marcel Réja paru en 1907 et intitulé L'art chez les fous (à l'époque c'était plus simple (simpliste?) que de dire malade psychiatrique). Sa thèse est intéressante : pour savoir ce qu'est l'art il vaut mieux étudier les "simples" oeuvres, et en particulier celles "dues aux enfants, aux sauvages, aux prisonniers, aux fous", que les chefs d'oeuvres de grands artistes reconnus ; "la médiocrité en art est un spectacle affligeant et fastidieux, mais si la critique d'art a la prétention de nous apprendre quelque chose sur les commentaires de la beauté, il faut qu'elle fasse appel à l'étude de formes les plus simples.". 
Il est vrai que le salon d'artistes régionaux que je viens de fréquenter appelle à se poser de bonnes questions sur le concept d'art... (je dis bien "questions", je n'ai pas les réponses).

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L'art du patin (écrit pendant les J.O. d'hiver)
Le patinage "artistique" me paraît beaucoup moins artistique que le patinage de vitesse ; et d'une manière générale, quand il y a un vouloir faire "beau" ou "artistique" il n'y a pas nécessairement art,  au contraire. 
Il me semble que l'art  ("le coefficient d'art" dirait Duchamp) est justement ce qui échappe à l'artiste.

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"Un certain bleu de la mer est si bleu qu'il n'y a que le sang qui soit plus rouge."
Paul Claudel

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Jusqu'au bout des ongles

Je me sens vraiment comme un travailleur manuel, la preuve : je ne supporte pas de travailler avec des gants :). 
(étant entendu que pour moi il n'y a pas plus intellectuel qu'un travailleur manuel -" à développer")

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Performance et art plastique

Il m'est arrivé une curieuse aventure en allant voir l'exposition collective "Tempête" au Centre Régional d'Art Contemporain à Sète. Je m'arrête devant une pièce d'un certain Ramette qui consistait en un énorme ventilateur placé juste devant une tige de métal articulée sur laquelle devait se placer un homme debout ; quand le ventilateur entrait en action, l'homme pouvait se laisser aller vers le ventilateur jusqu'à faire un angle proche de l'horizontale. J'allais me placer sur l'engin et l'actionner quand une "médiatrice culturelle" m'arrête en me disant : "Il n'y a que l'artiste qui peut réaliser l'expérience, il l'a faite au vernissage et c'est fini." 
Je m'étonne alors qu'on ait laissé exposée la machine (qui n'avait aucun intérêt plastique comme on peut en juger ci-dessous) pendant plusieurs mois ; je me suis senti vraiment frustré - pour rester modéré. 
Pour ceux qui comme moi n'étaient pas conviés au vernissage, il ne reste plus qu'à contempler la photo que je vous livre, ça vous évitera le déplacement :) (non, j'exagère il y avait des pièces plastiquement très intéressantes dans cette exposition).






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Le regard même enveloppe, habille [les choses­] de sa chair.

Maurice Merleau Ponty

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Mater noster

Je suis, dit-on, un matiériste. Plus que la couleur, j'aime travailler les matières, c'est peut-être mon côté fils de maçon et petit fils de mécanicien/linier, manuel donc, que je n'oppose pas à l'intellectuel : le travail manuel suppose nécessairement un esprit d'abstraction, de théorisation, tandis que l'intellectuel, lui,  peut-être dépourvu de sens pratique. La matière donc, participe aussi bien du corps que de l'esprit, et un matiériste n'est pas forcément matérialiste, les philosophes savent bien que le concept de matière est aussi bien métaphysique que celui d'idée. Un tableau c'est une idée concrétisée, et pour le réaliser il faut se coltiner au réel ; comme dit Céline : "L'esprit est content avec des phrases, le corps, c'est pas pareil, il lui faut des muscles."
Je fais donc des phrases ici, mais je m'en vais tout de suite actionner mes muscles sur la matière (le fer, le bois, le lin), car je suis fait d'esprit et de corps.

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Janvier 2018


Le musicien a un gros avantage sur le plasticien : il se sert du temps, le plasticien n'a que l'espace. C'est un avantage car son oeuvre peut infuser chez l'auditeur au bout d'un moment. Le tableau n'a pas ce sursis, il doit accrocher le spectateur dans l'instant s'il veut retenir son attention plus longuement ; en un "clin oeil" dit-on pour signifier cet instant. Le "clin d'oreille" n'existe pas. On peut passer devant un tableau sans aucune attention, il est néantisé. Un air de musique s'accroche à vous malgré votre pas pressé, même si vous ne l'écoutez pas, vous l'entendez, il a plus de chance de vous retenir que le pauvre tableau dont la présence est silencieuse.



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Décembre 2017


Essayons de ne pas succomber au traditionnel aussi bien qu'à la "tradition du nouveau"*, traçons notre chemin personnel tout en ayant conscience que nous sommes nécessairement faits de ce que les autres artistes ont proposé dans le passé.
(* H. Rosenberg)

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"Un artiste véritable ne se laisse pas vaincre par son matériau, il cherche à imposer son inspiration à la matière brute, essaye de donner au magma une forme, un sens une expression."
Romain Gary parlant de lui, à l'agonie, luttant contre la mort à l'hôpital de Damas pendant la guerre.
Admirable.

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"Faute d'idoles, il faut souvent, tous les jours ou presque peiner à vide. On ne peut le faire sans pain surnaturel."
Simone Weil
On peut, mais c'est dur.

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Vive la métaphore!

La peinture est une sorte de métaphore non verbale dit Paul Ricoeur ;
moi, ça me va : j'essaie d'être un métaphoriste plasticien c'est-à-dire d'exprimer un certain sens de la réalité par l'image, non par les mots. Ce qui ne veut pas dire que cela passe nécessairement par la figuration ou la peinture rétinienne.

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Dans ma série "chute des corps", j'essaie de mettre du cosmos sur du chaos, et cela au sens étymologique : "de l'ordre sur du désordre".

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Métaphore

Moins un bijou a de valeur, plus son écrin doit en avoir - pour qu'il garde son effet.
(En art plastique, l'écrin peut être le cadre ou la galerie.)

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"Quand on vit autrement qu'on pense, on finit à la longue par penser comme on vit."
Cette sentence, que j'ai lu quelque part, n'est pas universelle. Je connais des personnes qui ne pensent pas comme elles vivent et qui ne change pas pour cela leur pensée. Très souvent, on met les petites poussières immorales sous le tapis de la bonne conscience pour garder visibles les pensées bien propres que l'on expose volontiers.


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Y a quelqu'un?

Ne pas peindre pour plaire (ni pour déplaire) en soi à ce qu'on appelle "le public". Mais s'il y a plaisir (ou déplaisir) dans la réception d'un tableau, que cela vienne d'une sorte d'écho que le regardeur renvoie à l'émetteur - le peintre, et qui dirait "ça me parle" (en bien ou en mal).
Oui, un tableau c'est une parole muette qui demande : "ça vous parle?".

(il faudra que je précise plus)

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Un cliché : l'artiste excentrique

Il faut se méfier des apparences, la vie d'artiste n'est pas toujours extravagante, il y a des tumultes qui restent à l'intérieur.  La conduite excentrique est une volonté de se faire re-marquer, se dé-marquer ; elle devient à la longue une seconde nature (cf. la Marque Dali). Je préfère plutôt les artistes qui ne se font remarquer que par leurs oeuvres, les hommes du commun à l'ouvrage dirait Dubuffet. C'est un comportement éthique que de se fondre dans la multitude, dont l'écueil opposé est aussi la fausse humilité. Je propose un néologisme : l'intravagance, pour définir ce bouillonnement intérieur dont la trace se retrouve dans l'oeuvre.

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Novembre 2017


Pour un art postcontemporain ou primordial

De la même manière qu'on a inventé le concept de postmoderne quand on s'est aperçu que l'art moderne (en gros l'art de la première partie du 20ème siècle) était arrivé sur des butoirs avec le ready-made, ne faudrait-il pas passer aujourd'hui au postcontemporain quand on voit l'art contemporain s'imiter lui-même, s'officialiser et, d'une certaine manière, s'académiser ? Il n'est pas jusqu'au street art qui s'embourgeoise en se galerisant. De la même manière que l'art moderne s'inspirait de l'art primitif ("l'art nègre"), revenons à l'art primordial, celui de Lascaux où l'artiste utilisait absolument tous les matériaux dont il disposait. Aujourd'hui, imitons l'homme de Lascaux, affirmons "en art, tous les moyens sont bons", pas d'exclusion ; chacun doit chercher son style propre, ce qui est difficile, car on est fait des autres.

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Abstraire une vache

Je reviens sur la question de l'abstraction car je viens de visiter un salon local où les oeuvres abstraites font légion.
Il faut que l'abstraction soit sous-tendue par une réflexion dans la démarche, sinon on tombe dans le décor, ce qui est un moindre mal. Mais le pire est quand une oeuvre abstraite est agrémentée d'un galimatias métaphysico-poético-ésotérique : faute de n'avoir pas grand chose à dire on fait dans le genre intellectuel ou poète, sans l'être. La démarche des grands peintres abstraits comme Kandinsky, Mondrian ou Soulages est claire quand ils en parlent, c'est on ne peut plus simple - mais la simplicité c'est déjà tout un art.

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Méthode Coué

La chair est joie, bon dieu ! et je suis loin d'avoir lu tous les livres.

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Eurythmique
"Toute âme est un noeud rythmique"
Mallarmé
J'aime bien cette affirmation énigmatique.
J'ajouterai modestement : Toute âme est un noeud esthétique, c'est-à-dire, in fine, géométrique, peut-être.

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Octobre 2017

Depuis un petit moment j'entreprends d'étudier (c'est un grand mot), l'oeuvre de Mallarmé car fondamentalement la poésie reste pour moi une énigme, elle me tarabuste, et ce poète est particulièrement déroutant. C'est peut-être là, me dis-je, que je vais découvrir une clef... Or, que vois-je dans sa correspondance ?... "Il doit toujours y avoir énigme dans la poésie.", ou : "Nommer les objets c'est supprimer les trois quarts de la jouissance du poème." Je me vois donc comme l'enfant qui veut attraper les bulles ! Essayer de percer le secret d'un poème procède d'une certaine vanité.

Malgré tout, ce "savoir" négatif peut m'être utile dans mon travail plastique : il me faut être toujours dans la suggestion, l'allusion et l'énigmatique pour interpeller le regardeur. Pour faire rêver, pour faire penser, pour faire jouir - ce que doit opérer une oeuvre poétique ou plastique, il ne faut que suggérer sans aller au-delà ; c'est celui qui regarde ou qui lit qui complète par lui-même, ainsi il participe en rêvant, en rêvassant devant l'oeuvre comme dirait Bachelard.
Une formule de Burke me revient, il disait en substance : "Pour être sublime, soyons obscurs".

Donc : chercher l'implicite plutôt que l'explicite.


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Septembre 2017


Toute âme est un noeud rythmique.

Mallarmé

Et pour qu'une oeuvre artistique rencontre l'âme d'un spectateur il faut qu'il y ait résonance de son âme avec celle de l'artiste, comme les ondes entrent en résonance (on dit alors qu'il y a battement d'ondes) dans certaines conditions.


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Deux extraits de la correspondance de Mallarmé que je viens de terminer :
"Oui, je le sais, nous ne sommes que de vaines formes de la matière, - mais bien sublimes pour avoir inventé Dieu et notre âme. Si sublimes, mon ami! que je veux me donner ce spectacle de la matière, ayant conscience d'elle-même, et, cependant, s'élançant forcément dans le Rêve qu'elle sait n'être pas, chantant l'Ame et toutes les divines impressions pareilles qui se sont amassées en nous depuis les premiers âges, et proclamant, devant le Rien qui est la vérité, ces glorieux mensonges!" (1866)
Et, écrit-il, quelques semaines avant sa mort (1898) :
"l'instinct religieux reste un moyen offert à tous de se passer de l'Art"
J'ajouterai, modestement (!) et réciproquement : l'instinct artistique reste un moyen offert à tous de se passer de la Religion.

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Août 2017


Est-ce une impression ? Je trouve qu'il y a beaucoup - de plus en plus ? -  de peintres dits "abstraits". L'écueil de cette tendance c'est le décoratif. C'est ainsi qu'on voit souvent de ces oeuvres exposées dans les salles d'attente de lieux plus ou moins publics (banques, notaires, etc.) ; cela nous laisse pensifs - dans notre attente justement. L'abstraction passe partout parce qu'elle se laisse voir facilement, et avec un minimum de savoir faire, la peinture peut faire son petit effet.

Je suis méchant, mais cette réflexion m'est venue après une visite du musée Soulages, je dis bien "du" et non "au", car on se déplace maintenant le plus souvent pour voir le musée en lui-même.  Soulages donc, a étayé sa démarche d'une pensée de la lumière qui nous laisse à penser, c'est de la décoration intelligente.
Dans les expositions plus modestes, souvent, la pensée manque. Dans le meilleur des cas ça fait rêver comme quand on regarde un nuage.
L'abstraction, ça plaît, mais est-ce suffisant ?

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Quand un tableau est mûr, il se détache.
(paraphrase de Mallarmé qui parle ainsi d'un poème)

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Juillet 2017


Barnett Newman fut le père d'une nouvelle race d'artistes : les théoriciens et critiques d'art transmutés en artistes. Cette lignée conceptuelle surpasse maintenant sur le devant de la scène celle, devenue plus confidentielle, des artistes intuitifs et expressifs. Cela est dans l'ordre des choses : le monde des mots est plus à l'aise avec le concept et la théorie qu'avec l'expression plastique pure. L'inspiration est devenue désuète, dépassée, voire naïve, à côté de la réflexion ; son écueil suprême : elle est moins facile à commenter. Et comme la réputation se nourrit surtout du qu'en dit-on de l'artosphère intellectuelle, le concept est naturellement favorisé par rapport au percept.
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Vanité de l'art

L'artiste apporte un regard personnel sur le monde dit-on, comme si il avait le pouvoir de s'en extraire pour l'observer. Mais peut-on demander à une éponge immergée de retenir son appétence irrépressible pour le liquide ?
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Comme je l'écrivais plus haut (plus bas?), j'accorde une très grande importance à la dimension d'une oeuvre, c'est pourquoi je ne comprends pas le plaisir que l'on a en regardant la reproduction diminuée d'un tableau de Rothko sur un poster ou dans un catalogue. Je viens de découvrir une formule de ce peintre qui confirme mon intuition :
"Plus le tableau est grand, plus vous êtes dedans." On ne regarde pas un tableau de Rothko, on entre dedans, et pour cela il faut le voir "en vrai".

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Etre rien

S'il est un besoin presqu'aussi vital que celui de se nourrir, c'est celui de reconnaissance. Comme dit Spinoza, les hommes recherchent trois choses : la richesse, la gloire et le plaisir sensuel. Evidemment le "niveau d'exigence" varie énormément d'un individu à l'autre. Comme la richesse, la gloire semble réservée à une certaine élite mais il n'en est rien : tout le monde recherche un minimum d'argent, si ce n'est la richesse absolue ; chacun, à son niveau s'essaie à de minuscules glorioles et cela pour séduire, dans le but d'être aimé. Le pire est de n'être rien pour les autres. Ainsi le moindre indigent aime à être aimé, ne serait-ce que de son chien.
Notre besoin de reconnaissance - certains diront "d'amour", est impossible à rassasier.

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Juin 2017


Qui suis-je? ou la fiction du moi.

"Quant à moi, quand je pénètre le plus intimement dans ce que j'appelle moi-même, je bute toujours sur l'une ou l'autre perception particulière, chaleur ou froid, lumière ou ombre, amour ou haine, douleur ou plaisir. Je ne m'atteins jamais moi-même à un moment quelconque en dehors d'une perception et je ne peux rien observer d'autre que la perception."
Hume - Traité de la nature humaine.

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Se jeter à corps perdu(s), n'est-ce pas notre lot?

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Pour un art expressif
Il faut qu'une oeuvre d'art parle d'elle-même (il est question ici de l'art dit "plastique"). En d'autres termes, une oeuvre d'art réussie ne doit pas avoir besoin du secours des mots pour toucher celui qui la contemple. La réflexion langagière peut, doit, venir a posteriori. De plus, l'objet d'art ne doit pas seulement toucher nos sens - être proprement sensationnel,  mais suggérer de manière implicite une réflexion plus ou moins conceptuelle. Le non-dit de l'artiste doit éclore en une pensée chez le spectateur par l'intermédiaire de son imaginaire. L'imagination doit faire surgir de l'ineffable de l'oeuvre une réflexion personnelle.
Une partie de l'art contemporain, issue du mouvement conceptuel, place cette réflexion a priori et il devient parfois impossible de s'intéresser à une oeuvre exposée sans lire auparavant un long mode d'emploi, ou bénéficier d'un "médiateur culturel". Comme ça, toute seule, l'oeuvre passe inaperçue, elle ne nous parle pas, et on "passe à côté". Hélas, il ne peut exister de médiateur artistique, c'est presque une contradiction dans les termes.
Certaines oeuvres même nous plaisent mais ne nous disent rien ; on tombe ainsi dans le décoratif qui flatte simplement le goût par l'agréable ou le monumental. C'est le syndrome "feu d'artifice" : c'est beau mais ça ne veut rien dire ; cependant, à la différence de l'artiste, l'artificier, lui, n'a pas d'autre d'intention que de nous plaire, il n'y a pas de message.

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Mai 2017


La question du corps

Je poursuis mon travail sur la chute des corps. Il n'est pas besoin d'être psychanalyste patenté pour y voir la concrétisation d'un problème personnel et en même temps universel. Je termine actuellement la lecture (très intéressante) de "L'art à l'état gazeux" de Yves Michaud, et je lis " il n'est pas possible de douter que la question du corps ne soit au coeur de l'identité contemporaine telle que l'art la présente"...

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Le pouce de César ou le gulliverisme

Dans l'appréciation esthétique, la dimension spatiale de l'oeuvre a une importance considérable. Beaucoup de gens, après avoir vu mon exposition, sont étonnés de la différence qu'il y a entre ce qu'ils y ont vu, et les reproductions sur ce site. Outre l'effet de matière qui est perdu sur un écran d'ordinateur, il y a aussi un rapport spatial avec le corps du spectateur qui ne peut donner une impression efficiente que lors de l'exposition réelle.
En extrapolant cet argument dimensionnel, on voit que le gigantisme de certaines oeuvres ajoute à l'impression ("c'est impressionnant!") et au plaisir de contemplation par rapport aux "petites" oeuvres ; ça devient proprement sensationnel. D'où le succès par exemple de reproductions à grande échelle de simples moulages comme le fameux pouce de César en bronze; je viens de voir également l'installation de deux mains énormes qui retiennent l'écroulement d'un palais vénitien à l'occasion de la Biennale. Les grandes fresques murales participent aussi de cette attraction irrépressible pour les grandeurs "sublimes" comme dirait Kant (on vient de voir un pénis géant reproduit dans une rue bruxelloise je crois). Imagine-t-on l'impression que ferait la réalisation d'une "vraie" fourmi de 18 mètres, avec ou sans chapeau sur la tête, au milieu d'un carrefour ?
Du côté producteur, celui de l'artiste, je reconnais que j'ai éprouvé un immense plaisir à réaliser des scénographies car j'étais littéralement noyé dans l'objet lui-même que je réalisais, il y a comme une impression de puissance à produire ce genre de grands ouvrages.
C'est pour toutes ces raisons, entre autres, que je rêve d'agrandir progressivement les dimensions de mon travail sur la chute des corps, si on veut bien me donner un jour un espace adéquat pour concrétiser ce rêve.

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Avec l'expérience, je suis de plus en plus convaincu que le critère social est prépondérant dans la reconnaissance artistique et dans le jugement de goût (je deviens donc de plus en plus bourdieusien). L'art brut lui-même, a gagné ses lettres de noblesse par une sorte de condescendance de la classe cultivée.
Les douaniers américains refusaient de reconnaître les sculptures de Brancusi comme des oeuvres d'art, ils voulaient les taxer comme des marchandises ordinaires ; ce n'est qu'après un fameux procès où des hommes de l'art déjà reconnus sont venus témoigner que Brancusi était des leurs, que le tribunal reconnut la "valeur" artistique des sculptures. Donc un objet n'est pas d'art en soi, mais quand le producteur est reconnu comme artiste par des acteurs patentés du monde de l'art.

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Avril 2017


Contemporain?

"Suis-je de mon temps ? drôle de question
mon temps n'est qu'à moi"
Bernard Noël

Un "égoïsme" fraternel

Relisant mon Spinoza, je relève ce passage de l'Ethique : "Les hommes qui sont gouvernés par la Raison, c’est-à-dire les hommes qui cherchent sous la conduite de la Raison ce qui leur est utile, ne désirent rien pour eux-mêmes qu’ils ne désirent pour les autres hommes, et par conséquent qu’ils sont justes, de bonne foi et honnêtes. Voilà en peu de mots ce que nous dicte la raison : ce principe - chercher l'utile qui est sien - est le fondement de la vertu et de la moralité et non celui de l'immoralité" (c'est moi qui souligne)
En d'autres termes, la solidarité, la fraternité et l'entraide ne sont pas des questions de coeur - contrairement à ce que pense le sens commun, mais de raison.
J'acquiesce. C'est pourquoi je préfère la Banque Alimentaire aux Restos du coeur (:))
(lignes écrites en plein remous politiciens et électoraux)


Mars 2017


A la recherche de l'art brut perdu

L'innocence est soeur de l'ignorance et la sagesse de l'artiste habile (au sens de Pascal), est peut-être de connaître que l'on est nécessairement ignorant. Alors, fort de cette connaissance ultime, on peut rejoindre l'innocence des ignorants et une certaine sagesse. Etant entendu que la sagesse ici n'est nullement le contraire de la folie mais ce savoir de notre ignorance.
(à développer...)

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Délectation

Quitte à passer pour un classique (ce que peut-être je suis profondément), il faut revenir à la célèbre formule de Nicolas Poussin : "Le but de l'art est la délectation."
Cela dit, on peut adapter ce terme à la couleur du temps : il peut y avoir aujourd'hui une délectation joyeuse ou morose, paisible ou polémique, voire morbide... Tous les goûts sont dans la culture, et chacun se délecte comme il peut.

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Chute ascendante
Depuis plusieurs semaines mon corps est en chute libre, et fatalement l'esprit suit ("le moral est dans les socquettes" comme on dit). Ce matin en revenant d'acheter mon pain quotidien, je croise une jeune fille qui remonte la rue Saint Guilhem d'un pas décidé, le regard droit, dans ses pensées, elle a la banane ; j'en souris moi-même intérieurement. Puis, comme le temps est au beau, je décide de tester mon corps par une petite sortie en course à pied ; une très vieille femme, voûtée, le regard vers le sol vient se mettre en travers de mon chemin, ce qui m'oblige à un léger écart dans ma course. La vieille femme s'aperçoit de la gêne qu'elle occasionne, et, chose extraordinaire, elle me dit : "Oh! Pardon"... Instantanément, j'ai la banane, mon corps est léger, mon esprit allègre.
Vite, à mes pinceaux et outils!
Pourquoi écrire cela ici ?
1- pour moi, quand certains jours plus sombres je relirai ces lignes.
2- pour l'âme en peine qui peut-être lira un jour cette anecdote, ça peut servir.

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L'art insensé ?

"L'art est finalement apparence par le fait qu'il ne peut échapper à la suggestion d'un sens au sein de l'absurde"
Théodor W. Adorno - Théorie esthétique
Interprétation personnelle : la différence entre un objet quelconque et une oeuvre artistique est que cette dernière donne l'apparence d'un sens, c'est-à-dire que l'artiste présente un semblant de sens sur un fond d'absurde.
Il y a quelque chose de juste là-dedans.

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Du bon mauvais goût

Le bon goût est un écueil dans l'artistique car il flatte les sens en un confort douillet privé d'émotion et de réflexion, il noie le plaisir dans une agréable sensation ouatée, il endort l'esprit. Dans son travail, il faut que l'artiste domine cette tendance naturelle à être simplement agréable à l'oeil. Mais, à l'inverse, cela ne veut pas dire que l'art doit être dans un mauvais goût de premier degré. Pour maintenir un éveil critique du regard, il faut qu'il use d'un mauvais goût maîtrisé, distancié, ce qui fait côtoyer un certain plaisir immédiat avec une distance critique, ce qui provoque l'imagination, l'émotion, la réflexion. Cette manière de faire pourrait se formuler ainsi : frôler le kitsch sans y sombrer. C'est une ligne de crête très ténue et difficile à tenir.
(à développer!)

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Vu l'exposition Meese au Carré Sainte Anne de Montpellier



Un duplex dans le cortex


Quand on entre à Sainte Anne, on a l’impression de s’immerger dans le cerveau d’un homme. Pas d'un homme ordinaire, puisque c’est un artiste : Meese. Grâce à cette sorte d’endoscopie on chemine dans les circonvolutions de son système limbique, siège des émotions ; y voit toute la palette des états possibles des humeurs et des obsessions de l’artiste. Il faut se laisser aller dans ce torrent tumultueux, rarement paisible. A chaque méandre on se prend à jouer le psychanalyste et on essaye de reconstituer par associations d’images le « Qu’est-ce que ça veut dire ? », et par imprégnation, on rêve à notre tour : le délire est communicatif. Pas besoin de médiateur culturel… Ça ne se prend pas au sérieux, c’est ludique, plus abrasif qu’agressif, toujours provocateur. On se dit que cet artiste a de la chance d’avoir rencontré quelqu’un qui lui a dit « Carte blanche, fais tout ce qui te passe par la tête », et comme cette tête est celle d’un artiste, ça nous parle, ça nous interloque, ça doit même en déranger certains.

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Février 2017


Il ne suffit pas qu'une oeuvre soit actuelle pour être de son temps.

Sylviane Agazcinski - Le passeur de temps


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Pour traduire un certain état présent (personnel et peut-être général à notre époque), inventons un nouveau concept : la morfonte.

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Immédiateté de l'art plastique.

Je suis de plus en plus allergique à l'art, dit pourtant "plastique", qui a absolument besoin d'un "médiateur culturel" a priori ou d'un mode d"emploi écrit. Je veux être d'abord accroché de manière sensible par l'oeuvre elle-même, puis, peut-être,  a posteriori, "approfondir" par tout autre moyen si mon plaisir (ou déplaisir) immédiat (sans media) attise ma curiosité. Une oeuvre d'art réussie doit avoir "une efficacité esthétique brutale, immédiate, sidérante.".


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" Le dessin, la peinture, c'est de la matière, ça se tortille, ça se retourne, ça fout le camp. C'est ce qui se passe à l'intérieur de la tête."
Fred Deux
ya du vrai là'dans...

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Les trois B

L'esthétique est aussi une affaire d'éthique, car le beau, le bon et le bien participent du même sentiment. C'est peut-être pour cela que le jugement de goût me paraît être un "art de vivre" au sens fort.

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Impression d'être dans un bateau qui fuit - dans les deux sens de "fuir".
Comme je n'ai plus d'étoupe, j'écope.


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Janvier 2017



Penser à cela dans ma chute des corps 


"Je vous le dis : il faut encore porter en soi un chaos, pour pouvoir mettre au monde une étoile dansante."

Nietzsche - Ainsi parla Zarathustra 

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Comme "clair-obscur", "art conceptuel" est un oxymore

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"Pourquoi faire part de nos opinions? Demain nous en aurons changé."
Paul Léautaud cité par Numa Hambursin in Journal d'un curateur de campagne.

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Mettre du sens

"C'est vraiment une énigme de l'art et un signe de la puissance de sa logique, que toute logique radicale, même celle qu'on nomme absurde (moi: cf Becket), a pour résultat quelque chose qui ressemble à un sens."
T.W. Adorno
Allons plus loin : quand je vois un artefact humain, je lui donne irrépressiblement  du sens, même quand il semble "inutile". Certes quand je vois l'objet "chaise", je pense : "cet objet a été produit pour s'asseoir", mais aussi, toute chose exposée pour être vue prend un sens, ne serait-ce que par l'acte même de l'avoir exposée dans un lieu dit "d'exposition". Par exemple, l'insensé urinoir de Duchamp fut une incitation réussie à réfléchir sur le sens de l'art. (soit dit en passant, beaucoup d'épigones de Marcel réitèrent cet acte créateur de sens, mais au fond, ils ne sont eux-mêmes que des récréateurs.)

Je mets TROP de sens dans ce que je fais !
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Le goût des autres : malentendu et malaise
Il est désagréable (euphémisme) de ne pas être aimé par les gens que l'on aime, mais je crois qu'il est pire d'être aimé par des gens que l'on n'aime pas. (je parle ici du jugement de goût). D'où, je m'éloigne de Kant quand il dit que chacun voudrait que le monde entier trouve beau ce qu'il trouve beau, et je me rapproche de Bourdieu qui voit, lui, dans les faits, des beautés de classes.
Certains voient dans l'art un substitutif de la religion dans une civilisation séculière. Il serait pacificateur et renverrait les guerres de religions dans l'histoire. J'y vois au contraire la source de batailles d'Hernani, langagières dans un premier temps, mais qui sont potentiellement sanglantes. La haine n'est pas loin quand il s'agit de goût.
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Se taire et peindre
Je suis plutôt taiseux. Néanmoins, j’éprouve le besoin de  communiquer ce que je sens, ce que je pense. La peinture me permet de m’exprimer sans le secours des mots - et c’est pour cela que j’appelle mes tableaux des « pourparlers ».
(ce "journal" infirme ce que je viens d'écrire : je suis bavard ici):)

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Décembre 2016


Fin de l'année 2016, mes corps chutent toujours, vers où ? je n'en sais rien, mais je sens que je n'en ai pas fini avec cette chute... d'autant plus que ce thème semble "parler" à beaucoup de personnes d'origines différentes.

Quelques mots que je viens de surligner dans "La montagne magique" de Thomas Mann :
qui connaît le corps, connaît la vie, connaît la mort
Je like.

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ça y est, je suis à la page, je suis répertorié par le big brother Facebook... Lecteur, tu pourras éventuellement liker ou... unliker.


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Je crois que je vais finir par écouter les suggestions convaincantes de mes pairs les peintres : ouvrir un compte sur fesse/bouc ; je n'ai pas très bien compris le fonctionnement, mais, paraît-il, la diffusion est plus ample que celle d'un blog. Je persisterai néanmoins dans l'archaïsme en écrivant et en "postant" ici. :)

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le beau, l'art et le bel art...?

Il est temps que l'art contemporain se refasse une beauté.
Je m'explique.
Il y a belle lurette que l'art s'est éloigné de la notion de beauté liée à celle de plaisir ; le déplaisir a intégré la production artistique contemporaine, c'est-à-dire que l'art n'est plus seulement là pour plaire, mais aussi pour déranger, provoquer dans un sens positif aussi bien que négatif. Mais pour toucher le spectateur, il faut quand même un minimum de séduction, de plaisir, car le risque, pour l'artiste, c'est d'être, d'une certaine façon, autiste. Et comme dirait Freud, pour toucher, l'art utilise la séduction du beau. Entendons-nous bien : le beau n'est ici qu'un moyen - en littérature on parlerait de rhétorique - pour attirer l'attention. Cependant on peut aussi séduire par la provocation, la polémique ou même par une certaine dose d'agressivité, le plaisir n'est pas toujours dans la beauté, la douceur ou le noble, l'artiste peut séduire aussi par l'ignoble (par exemple, j'ai toujours été séduit par la beauté de certaines zones industrielles et j'en ai fait mon motif). Ne pourrait-on pas alors élargir la notion même de beauté contemporaine et y inclure celle du diable : joindre le noble à l'ignoble, l'agréable au désagréable, le plaisant au déplaisant, etc. Bref, il me semble que l'artiste se doit d'interpeller d'une manière ou d'une autre (par la forme et/ou le fond) pour ne pas susciter l'indifférence et sombrer dans la banalité, la solitude.
(je crois qu'il faudra que je m'explique un peu mieux...)

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Novembre 2016


Mister A.T.

"Je suis mystique au fond, et je ne crois à rien."
Gustave Flaubert

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Faire un dessin

Dans une conversation, lorsque notre interlocuteur ne comprend pas, on finit souvent par la formule " Vous voulez que je vous fasse un dessin ? " ou " Pas besoin de vous faire un dessin." (sous-entendu : "Vous m'avez compris."). J'aurais envie de répondre par la même formule quand on me questionne sur la signification de mes tableaux, le problème c'est qu'ici les "dessins" sont le fond de la question. Je devrais alors peut-être dire "Pas besoin de vous faire de longues phrases."...

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Le goût des autres

Comment peut-on voter pour un homme, dont voici  l'appartement ?


Osons : Trumpettes de la renommée, vous êtes bien mal embouchées.


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"Je suis une fiction éphémère sans force, faite de boue et de rêve. Mais en moi je sens tourbillonner toutes les forces de l'univers."

Dominique Maurizi - La lumière imaginée (Editions faï fioc)

ça me parle !



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Quadrature du cercle

Je voudrais pratiquer un art brut cultivé (la vraie culture étant, dit-on, "ce qui reste quand on a tout oublié").  Oublier donc, les tendances et modes mondaines, contemporaines, tout en les connaissant, retrouver une innocence de l'enfance - de l'art.
Dessein contradictoire, donc tragique.

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L’art, un résidu après qu’on ait tout pensé. 
Il est indispensable en tant qu’il est l’emblème de l’inconnu (sans l’inconnu, la vie serait insupportable)
un indice de l’impensable, de l’au-delà du pensable, de l’inextricable, inexplicable, un aperçu du non-visible.
« Je vous absente untel » dit l’art comme on dit « je vous présente untel »
l’art qu’on expose en impose (non, c’est une disposition plutôt)
le pensable est un indice d’art
l’art est indice du pensable
l’art est indispensable

l’art, impensable ?
Je le pense :)

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Octobre 2016



Je partage amplement cet aphorisme de Clément Rosset :
"Le misérable secret de Narcisse est une attention exagérée à l'autre."
(dérivé de celui de Nietzsche : "Il n'existe pas d'actes non-égoïstes.")

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Pourquoi m’intéresser à la chute des corps ? Etrange ! d’autant plus qu’il y a quelques années j’ai écrit un essai de roman intitulé Le contraire d’une larme qui est l'histoire d'un homme entre l’instant où il se jette du haut d’un quai et celui où il est englouti dans la mer. Du grain à moudre pour les psychanalystes…

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"Une oeuvre d'art devrait toujours nous apprendre que nous n'avions pas vu ce que nous voyons."
Paul Valéry

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Septembre 2016


Porte-parole des muets

Aujourd'hui Nicolas Sarkozy a dit "Je veux être le porte-parole de la majorité silencieuse" (c'est moi qui souligne). Ouf! en toute logique, on ne devrait plus l'entendre...
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à retenir :

"Il faut traîner. Il m'arrive toujours un truc quand je traîne, ce n'est jamais du temps perdu."
Jean-Paul Dubois - écrivain

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"Bête comme un peintre"

Je reviens d'un vernissage où le peintre a pris la parole : un salmigondis pédant de clichés pseudo-intellectuels sur son travail. Je suis pris d'une inquiétude rétrospective : mon dieu ! peut-être que je ressemble à cela...
Duchamp, l'intellectuel, voulait qu'on ne dise plus "bête comme un peintre" ; à la suite de ça, logique avec lui-même, il arrêta de peindre, car il n'était pas bête. Certains peintres, eux, devrait arrêter de parler.

Rester simple, pudique, ludique, superficiel par profondeur.

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Aujourd'hui, je butine chez le plus grand libraire de Montpellier ; stupéfaction ! sur la table "Sciences humaines", au côté de philosophes et autres sociologues, qui vois-je ? Sarkozy et son livre bleu blanc rouge !  Eclat de rire et discussion prolongée avec le chef de rayon sur les problèmes commerciaux des libraires ; ça laisse songeur quand même sur l'état de notre culture. Je suis certain que notre ancienne ministre de la culture qui n'a pas lu Modiano va lire Sarko.

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Les impressionnistes furent en leur temps underground ; il fallut beaucoup de temps avant que les Institutions reconnaissent la valeur artistique de ce mouvement. Puis le temps de la "digestion" institutionnelle s'est accéléré, l'anti-académisme de l'art est devenu alors un des critères même de sa valeur. Aujourd'hui, l'académisme officiel a tendance à valoriser cet anti-académisme à l'excès et l'underground devient presque instantanément de l'upperground, c'est-à-dire qu'il devient artistiquement correct. Mais le nouveau s'use vite.
Je pense qu'on ne peut plus aujourd'hui juger de l'authenticité d'une démarche artistique à la novation technicienne, ou à la transgression ; toutes les formes ont déjà été transgressées, les prochaines inventions formelles le seront aussi, aussitôt. Et sur le fond, la transgression est une option stratégique, une provocation qui peut être salutaire, mais qui n'est ni nécessaire, ni suffisante.
Tout simplement, les chemins de l'art authentique sont devenus multiples, infinis. En art tous les moyens sont bons.

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Août 2016



Dans quel milieu évoluent mes corps ?
Cette question me rappelle l’histoire de l’adjudant artilleur instructeur demandant à ses apprentis/soldats : « Dans quoi entre l’obus lorsqu’il sort du canon ? ». Devant l’ahurissement général de ses subalternes, le sous-officier de lire consciencieusement la notice qu’il a sous les yeux : « Lorsqu’il sort du canon, l’obus entre dans le domaine de la balistique. »
Tout ça pour dire que l’espace où mes corps sont peints n’est pas obligatoirement figuré comme ces corps mêmes, c’est un espace abstrait et néanmoins matériel (tissus froissé, tôle rouillée, pigments dispersés). Mais la disposition de ces silhouettes, comme en apesanteur, suggère nécessairement chez le spectateur un environnement cosmique figuratif.

Comme l’adjudant, on ne peut s’empêcher de se poser la question en ces termes - et moi-même je suis aimanté par cette question : « Dans quoi les corps sont ? » En l'occurrence, ils sont tout simplement sur un tableau.

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24 août
Aujourd'hui Michel Butor nous quitte. J'étais allé l'écouter en mai à Montpellier et j'avais noté une belle formule de cet écrivain, elle m'a inspirée pour un tableau de la chute des corps que j'ai réalisé, la voici :
"Nous surgissons dans l'entre-monde en nous glissant dans les fissures."


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à propos de ma "chute des corps"

Il faut suivre sa pente, pourvu que ce soit en montant, dit en substance André Gide ; Simone Weil, elle, oppose la pesanteur à la grâce, Albert Camus écrit "La chute", etc. La métaphore des corps qui tombent ou qui résistent à la gravité est omniprésente dans la littérature et la philosophie.
Il semble qu'il existe une sorte de tropisme de l'attraction universelle, comme si notre masse corporelle imprégnait jusqu'à notre pensée. La métaphysique serait donc un rejeton de la physique ? j'en suis de plus en plus convaincu. La tombe ("grave" en anglais) est le nom donné à notre dernière demeure... J'essaye de réaliser des tableaux sans haut ni bas, mais irrépressiblement, la verticale s'impose à moi.

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Juillet 2016


13 juillet 2016, Nice day 

Feu, pas d'artifice.
L'étendard sanglant de la tyrannie serait-il levé contre nous ?
"Ne pas rire, ne pas pleurer, ne pas détester, comprendre."
Benoît Spinoza - Traité politique

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"ça occupe ou ça préoccupe ?"

Aujourd'hui, "l'expression artistique" est pratiquée par de plus en plus de personnes, on le voit au nombre de propositions de cours de peinture ou par la multiplication des magasins de "loisirs (dits) créatifs". Pour passer le temps, on s'adonne donc à la peinture ou au modelage, comme d'autres vont à la chasse. "ça occupe" comme on dit. On est donc ici en plein divertissement pascalien (Pascal parlait ainsi de la chasse), c'est-à-dire que cette activité permet de mettre un peu en sourdine, de panser, l'angoisse existentielle de l'homme moderne.
Pour ma part, j'ai toujours pensé que l'acte artistique authentique, au contraire, est plus dans l'avertissement que dans le divertissement. L'artiste essaie de mettre à jour ce qui ronge, ouvre la plaie au lieu de la cacher et s'en sert pour la montrer à ses semblables, afin de voir, par cette expression, si d'autres humains lui font écho, si ça leur parle. Comme s'il disait : "moi, ça me préoccupe - pas vous? ". Pour nous consoler de n'être pas seuls, pas pour nous divertir, ce qui n'exclut pas l'humour.

Mais après réflexion, la différence entre les deux démarches (la divertissante et l'avertissante) n'est pas si fondamentalement décidée : quand l'artiste est dans l'acte même de peindre par exemple, à cet instant précis, ce qui l'occupe c'est uniquement le coup de pinceau qu'il va donner, il est dans le présent et tous ses gestes ne sont plus encombrés des "préoccupations" méditatives et existentielles. Lui aussi a donc été diverti par son action. Heureusement d'ailleurs, car la vie serait insupportable sans cette sorte d'inconscience momentanée.
Après tout, l'écriture même, n'était-elle pas un suprême divertissement pour Pascal lui-même ?

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Rimer avec le monde

"A quoi ça rime ? ça rime à rien !" Il faut prendre au pied de la lettre cette expression populaire. L'expression artistique serait une tentative de rimer avec le monde - pas de faire rimer le monde à quelque chose, ce qui serait le rôle de la science. Le poétique en général recherche donc simplement une assonance ludique avec ce qu'on appelle le réel, le vécu ; on déplace, on transpose, et on a ainsi l'impression d'exprimer une "vérité" par le biais de cette transposition, cette re-présentation. Mais ce n'est qu'une illusion - néanmoins vitale.

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Le pas fini

Il est une figure de style de la Renaissance italienne qui s'appelle "la sprezzatura" - la traduction la plus approchée serait pour moi "le négligé". Elle marque une certaine élégance en assumant l'imperfection d'une oeuvre, l'artiste suggérant simplement son intention et laissant au regardeur le soin de terminer le travail par son imagination. Le dessin rapide (dont l'orthographe originaire est "dessein") est un bon exemple de cette notion : le trait est volontairement lacunaire, il donne seulement le projet en un jet, et l'imagination fait le reste, elle supplée à l'in-fini. Cette imperfection est touchante au sens propre : elle signale une dimension humaine nécessairement malhabile. C'est pourquoi j'aime voir le trait du pinceau qui reste visible sur la surface colorée, c'est pourquoi je n'aime pas les aplats faits à l'aérographe ou à la bombe, il est trop propre, trop lisse, trop fignolé, en un mot, trop mécanique, on n'y sens pas la trace humaine. Maintenant, les logiciels des images de synthèse recherchent faussement cette "humanité" en proposant de salir la perfection des surfaces par des tramages aléatoires qui essayent de reproduire l'imperfection "naturelle" de la main humaine. De leur côté, certains peintres demi-habiles, essaient de cacher la fragilité de leur technique en fignolant à l'extrême, mais cela se retourne contre eux : derrière le fini, on perd la lecture d'une spontanéité c'est-à-dire d'une sincérité.
Mais attention, il existe un écueil à l'autre extrémité : des artistes, techniciens virtuoses, feignent consciemment cette nonchalance de l'exécution et masquent leur savoir faire, il y a aussi tromperie sur la marchandise. Le trait et la couleur sont donc une affaire d'éthique. De la même façon Godard disait qu'au cinéma, le travelling c'est de la morale. En d'autres termes, on est toujours dans le domaine des valeurs.

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Juin 2016


Le Grand Oeuvre

Je viens de lire qu'une artiste de la Beat Génération avait réalisé une sculpture en cumulant chaque jour dans son atelier des apports en plâtre de telle sorte qu'à sa mort il a fallu abattre les murs de son atelier pour en extraire l'oeuvre. C'est littéralement une concrétion de l'envahissement obsessionnel psychique de l'artiste par son oeuvre au point qu'il ne puisse plus en sortir - que par la mort. Cela me rappelle la pièce de Ionesco "Amédée ou comment s'en débarrasser" ou un cadavre grandit au fil du temps au point d'envahir la scène et de tout submerger.

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Un nouveau dadaïste

Aujourd'hui, 25 juin, le pape a dit : "La mémoire ne peut être oubliée" ; Pierre Dac n'aurait pas dit mieux.
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Le sacré est l'union primitive du cosmique et de l'humain, écrit en substance Henri Meschonnic ; ma "chute des corpsirréligieuse n'est donc pas si séculière que ça...

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Mai 2016


Le goût bon

"Il s'appliqua avec raffinement à heurter le bon goût. Mais personne ne s'en rendit compte, car c'était sa version du bon goût."
J'adore cet humour d'Henri James (L'image dans le tapis) ; il prouve que, d'une part, dès le 19ème siècle on distinguait déjà le beau de l'art, d'autre part que le bon goût n'est qu'une affaire sociale.

Le noir velours

Le noir absolu n’est absolument pas une couleur, n’en déplaise à Monsieur Soulages, car la couleur est une onde lumineuse d’une fréquence déterminée, or le noir est l’absence de lumière ; un trou noir n’a pas de couleur. C'est pour cette raison que j'utilise le velours noir quand je veux représenter le noir cosmique, car le velours noir absorbe presque totalement la lumière. Mais j'avoue qu'il y a une certaine vanité à vouloir représenter le néant.

French painting

Les anglicismes sont in (à la mode). Comme le street-art, je devrais plutôt convertir ma série "chute des corps" en  falling bodies, ça ferait peut-être moins classique, plus contemporain, moins has been quoi. J'y réfléchis (j'ai déjà écrit work in progress à la place de "travail en cours").


Il y a trop de notes...

Je viens de parcourir une exposition de photographies. Il y en avait trop.  On se moque de l'empereur Joseph II qui disait à Mozart : "Belle musique, mais il y a trop de notes.", mais, au risque du ridicule, je voudrais défendre ce Joseph en appliquant cette réflexion à l'art plastique.
Si on transpose ce too much dans les expositions, trop souvent on veut montrer trop. Alors le spectateur butine, au risque d'inapercevoir une merveille. Je rêve de musées qui consacrerait une salle à une seule oeuvre, ou qui s'approprieraient un magasin vide dans un centre ville (il y en a de plus en plus) pour y accrocher UNE seule oeuvre qu'on changerait chaque mois par exemple.
Une hauteur de vue
Dans cette expo/photo donc, il y avait des formats très divers ; les grands formats sont plus propices à l'exposition, les petits sont plus adéquat aux albums. Le rapport physique à une oeuvre picturale est extrêmement important, et quand je dis "rapport", c'est au sens premier : la proportion de l'oeuvre par rapport à notre propre corps.
Les affiches représentant une oeuvre du peintre Rothko sont très à la mode dans les salles d'attente de médecins et autres dentistes ; c'est très décoratif, certes, mais cela m'a toujours laissé froid. Jusqu'au jour où j'ai été voir une rétrospective Rothko au Musée d'art moderne. En arrêt devant ces formats de plusieurs mètres, j'en frissonnais en même temps que l'oeuvre vibrait. On plonge littéralement dans la peinture, on se l'incorpore. Dorénavant, en attendant mon tour chez le médecin, je me rappelle cet instant de pure jouissance en contemplant Rothko en affiche, mais ce n'est que du réchauffé.

L'usure du temps

J'ai toujours été attiré par les objets usés. Pourquoi ? Peut-être parce que l'usure est du temps visuel. Et ce temps visible qui s'inscrit dans la chose donne une dimension plus complète à l'objet : la quatrième. D'où cette propension que j'ai à utiliser de vieux supports pour façonner mes pièces (je dis "mes pièces" et non "mes tableaux" car venant du théâtre, j'aime l'idée que chaque tableau est comme une pièce de théâtre). Ainsi donc, j'introduis dans l'espace l'idée du temps. Ainsi également, un objet inutile parce qu'usé redouble son inutilité en devenant un tableau - tout neuf.

A propos : un jour François Priser, peintre contemporain que j'ai un moment côtoyé, m'a dit que ce qu'il recherchait c'était de peindre le temps. Il y a quelque chose d'énigmatique, mais de très juste là-dedans, parce que désespéré.


En ce qui concerne les objets usés, il faut lire le délicieux "Regrets sur ma vieille robe de chambre" de Diderot. En voici le début :
"Pourquoi ne l’avoir pas gardée ? Elle était faite à moi ; j’étais fait à elle. Elle moulait tous les plis de mon corps sans le gêner ; j’étais pittoresque et beau. L’autre, raide, empesée, me mannequine. Il n’y avait aucun besoin auquel sa complaisance ne se prêtât ; car l’indigence est presque toujours officieuse. Un livre était-il couvert de poussière, un de ses pans s’offrait à l’essuyer. L’encre épaissie refusait-elle de couler de ma plume, elle présentait le flanc. On y voyait tracés en longues raies noires les fréquents services qu’elle m’avait rendus. Ces longues raies annonçaient le littérateur, l’écrivain, l’homme qui travaille. À présent, j’ai l’air d’un riche fainéant ; on ne sait qui je suis."
(J'ai l'impression qu'il parle de ma vieille blouse (qui était) blanche accrochée dans mon atelier.)

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Avril 2016


On connait bien le syndrome de la page blanche chez l'écrivain en panne d'inspiration. Chez le peintre, il existe un obstacle d'une autre sorte que je vis personnellement à chaque fois que j'entreprends un tableau.

Bien qu'ayant une idée plus ou moins précise de ce que je veux réaliser, j'ai une sorte de trac avant de donner le premier coup de crayon ou de pinceau. A tel point que je recule parfois de plusieurs jours ce moment fatidique. On contemple de longs moment la surface vierge, puis on s'en écarte ; on revient ; on s'assoie, on se lève, bref, on toupine comme on dit en cauchois. C'est d'ailleurs pour cela qu'il y a souvent un fauteuil usé dans les ateliers de peinture...
J'imagine très bien le temps très long pendant lequel Malévitch est resté à méditer devant son tableau blanc avant d'entreprendre son célèbre "Carré blanc sur fond blanc".

De l'importance de l'accrochage


Un de mes tableaux se trouve au milieu d'une exposition collective. Je ne le reconnais plus. La proximité avec d'autres oeuvres diverses, l'éclairage mal foutu. L'aura n'est plus là. Je suppose que pour chaque artiste, l'impression est la même.

Il faudrait vraiment que les organisateurs d'expositions comprennent que l'on passe d'un monde à un autre dans une exposition collective, et que chaque oeuvre doit être suffisamment isolée des autres pour qu'elle garde son côté unique.
Imagine-t-on un concert où on passe de Mireille Mathieu à Nathale Dessay, de Céline Dion à Brassens ou de David Guetta à Mozart ? Ceci dit sans jugement de valeur...
(c'est un peu hypocrite de dire cela - et pas mal prétentieux :))

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Mars 2016


Les nouveaux missionnaires


Bruxelles - 22 mars : journée noire, rouge/sang ; mais c'est le printemps, le jaune du soleil va forcément revenir s'intercaler entre le noir et le rouge.

Je comprends qu'on ait besoin de croire en un dieu, ça donne du Sens, Dieu est une sacrée prothèse dans ce sens. Pascal, qui jusqu'alors "travaillait sur l'incertain", dès qu'il fut converti à la "vraie religion", s'écria "Joie! Joie! Certitude!". Mais pourquoi vouloir absolument convertir les autres par tous les moyens à cette révélation ?
(Que vient faire cette remarque dans un blog de plasticien, me m'objectera-t-on ? En voici la raison :)

Quand je vois une forme reconnaissable dans un nuage (voir ci-dessous), je donne du sens à une forme chaotique, autrement dit : du sens à du non-sens. Pour moi, c'est cette même démarche qui est suivie par le religieux : celui qui croit en un dieu donne du sens à sa vie, au monde. A ceci près : je pense que c'est moi qui donne cette forme reconnaissable au nuage et je ne veux convaincre personne que cette forme existe réellement, je sais que si on dit je n'en crois pas mes yeux c'est que les yeux peuvent mentir, tandis que le religieux prétend à une vérité en soi révélée par un dieu qui exige que tous les hommes soient soumis à sa loi (mosaïque, christique, coranique) révélée aux prophètes, et cela pour leur félicité.
Donc : "Ecarter les croyances combleuses de vide, adoucisseuses des amertumes (...) bref, les consolations qu'on cherche ordinairement dans la religion." (Simone Weil - qui s'y connaissait question dieu)
Quand on n'a pas la chance d'avoir la foi et qu'on est dans l'incertitude, il nous reste l'art pour nous consoler disait Nietzsche : il ouvre une petite perpective vers l'inconnu (l'inconnaissable?), parfois aussi il donne la minuscule joie d'entrevoir une possibilité de Sens, mais ce n'est qu'une illusion, comme la religion. Cependant, la prothèse de l'art est toute pacifique, elle ne prend jamais la forme agressive du glaive de l'évangélisation ou d'une kalachnikov, mais celle d'un tableau, d'un air de musique ou d'un poème.

Une reconnaissance objective

Je ne pense pas être vénal, mais quand je vends un tableau j'en tire une très grande joie car l'acheteur me prouve objectivement par son geste qu'il apprécie mon travail. Ce plaisir est aussi là quand un spectateur demande le prix de l'oeuvre, même s'il ne l'achète pas. Evidemment, j'aime aussi qu'on fasse l'éloge de ce que je fais, mais ce n'est pas tout à fait le même plaisir, car ce compliment est gratuit (il ne coûte rien...). Sans être collectionneur, j'aimerais avoir un niveau de vie suffisant pour montrer à certains peintres, par mes achats, l'estime que j'ai pour eux.

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Février 2016


FAUT PAS DEBORDER !


Enfant, on nous apprend le dessin et la peinture par ce qu'on appelle le "coloriage", et la consigne principale est "il ne faut pas déborder" de la limite du trait dans le remplissage de la couleur ; plus tard, avec un peu d'expérience, on s'aperçoit qu'il faut savoir parfois déborder, et que c'est peut-être même cette transgression maîtrisée - maîtrisée, parce qu'il ne faut pas se laisser déborder, qui est la marque d'un style.

Finalement déborder de temps en temps, est peut-être aussi la marque d'une certaine éthique ; déborder tout le temps c'est le chaos, c'est-à-dire le gribouillage.

Pareidolie*

Cet été, par une après-midi, j’étais à ma terrasse. Assis dans mon fauteuil, je lisais.
À un certain moment, je quitte mon livre des yeux, je lève la tête, et je vois ça :




Mais en réalité, pour être un peu plus exact, j’ai vu à peu près ça :



(J’ai aussitôt pris une photo pour avoir une version objective de l’événement.)
Il faut dire que dès cette l’époque, je passais mes journées à dessiner pour ma chute des corps. J’étais donc un peu comme le menuisier qui, lorsqu’il voit un arbre, voit l’armoire, ou le charcutier qui voit déjà les jambons dans le cochon qu’il observe dans l’enclos.
Cette anecdote me fait penser à une réflexion de Claude Régy dans son petit livre « L’ordre des morts » : « Le langage n’est pas exact, il est plein d’à-peu-près, d’ambigüité, de malentendu, de flou, d’ambivalence et c’est là que la poésie se loge. ». Bien sûr, cette pensée s’applique spécifiquement au langage, mais on peut en dire autant de l’image : elle aussi n’est pas exacte. On retrouve donc du poétique – au sens premier du terme, littéralement : faire, produire – dans notre simple regard sur le monde. La vision du menuisier ou du charcutier qualifiée couramment de prosaïque, me semble plus poétique qu’il n’y paraît – au sens large s’entend.

 * Une paréidolie (du grec ancien para-, « à côté de », et eidôlon, diminutif d’eidos, « apparence, forme ») est une sorte d'illusion d'optique qui consiste à associer un stimulus visuel informe et ambigu à un élément clair et identifiable, souvent une forme humaine ou animale.
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Pour ma chute des corps :
"ça chute beaucoup autour de nous. Et beaucoup de choses, murs, rideaux de fer, ont récemment chuté. Le monde chute, en chute libre"
Claude Régy -  L'ordre des morts

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Vu l'exposition YOD de Carole Benzaken au Carré Sainte Anne de Montpellier

Quand le concept phagocyte et étouffe le percept ! peut-on encore parler d'art plastique ? (Le temps de la lecture de la conception de l'oeuvre dépasse celle de la contemplation elle-même).

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Janvier 2016



Le manque de considération
La condition pour qu’une œuvre d’art soit appréciée est qu’elle soit initialement considérée, c’est-à-dire que l’attention préalable soit positive. En d’autres termes, il faut qu’il y ait un a priori bienveillant pour qu’elle soit littéralement digne de considération. Pour cela plusieurs circonstances sont nécessaires en particulier dans la présentation de l’œuvre. Par exemple, la situation spatiale et temporelle proprement dite est importante (le contexte), la qualité de son auteur également : je ne regarderai pas un tableau de la même façon si je sais à l’avance qu’il s’agit de l’œuvre d’un grand maître ou d’un inconnu. Il faut donc qu’une œuvre soit considérable avant d’être appréciée esthétiquement, sans cela elle peut passer inaperçue.
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"Profiter des hasards ou plutôt des imprévus nécessite de les comprendre après." (Pierre Bonnard -  Observations sur la peinture)
Enigmatique ! Je pense qu'il veut dire qu'il ne faut jamais comprendre avant, quand on peint. Les critiques d'art se chargeront de comprendre après, car ces "experts" sont des "célibataires de l’art"  comme dit Proust : ils n'approfondissent pas les vraies sensations intérieures et ne s'occupent que de ce qui est communicable, partageable par l'intelligence.
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Notre besoin de distinction est impossible à rassasier
Ce matin, vu un jeune mendiant assis dans la rue, plongé dans la lecture. Devant lui, une pancarte : "Etre invisible, c'est nul".
Les passants comme moi n'étaient-ils pas encore plus invisibles que lui ? En tout cas, son panneau était performatif : beaucoup de monde le lisait. Et le voilà visible sur le net...
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Décembre 2015


Je suis issu du théâtre, la distanciation brechtienne m'a toujours intéressé ; elle consiste à faire prendre conscience au spectateur qu'il est dans un théâtre et non dans la fiction avec les personnages, c'est une opération de dé-fascination générée par une certaine façon de jouer des acteurs : le style "distancié". Dans mes tableaux j'essaye parfois de transposer ce style par un jeu sur les fonds (trous dans la toile, débordement du cadre, titres calembourdesques, etc) en espérant faire prendre conscience au "spectateur" qu'il ne voit là qu'un tableau de couleurs assemblées. Car on a tendance à rentrer directement dans la fiction proposée par le plasticien, sans le détachement nécessaire à un regard critique. C'est le gros inconvénient de l'art photographique : on ne voit souvent que le sujet même, on entre sans recul dans la fiction et notre jugement de goût se porte uniquement sur le sujet, plus que sur l'objet "photo" en lui-même (on est ému par un regard par exemple).


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Un art "immédiat"
Il me semble qu'une oeuvre d'art (plastique) est pleinement réussie lorsqu'elle me touche, me parle, sans qu'un médiateur culturel ou un texte vienne me fournir des clefs pour apprécier les intentions de l'artiste. J'aime quand un simple titre vient me mettre sur la voie (Duchamp concevait les titres comme une couleur supplémentaire). Ce qui n'empêche pas qu'on peut "approfondir" ensuite par toutes sortes de moyens, mais dans un deuxième temps.
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Je respire l'air du temps.
Il m'alimente.
Mais parfois l'air du temps
c'est du vent.
Pour éviter l'aérophagie je me réfugie
dans l'apnée.
Puis, le nez en l'air,
j'aspire l'air de rien
à souffler un peu à l'abri des courants
 - d'air.
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Travailler les fonds

Je m'aperçois que le fond en peinture est vraiment une bonne métaphore de ce qu'est le fond en matière d'idée, c'est lui qui donne une certaine solidité à la forme. Le peintre dit qu'un tableau "tient" comme on dit qu'un raisonnement se tient - sauf qu'en matière de peinture, apparemment, il n'y pas de  logique. Quoique.
Peut-être que la peinture sans fond est l'équivalent pictural de la bêtise sans fond ? (sourire)

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Novembre 2015



Marché de l'art et art de marché
"Ravir et émouvoir", telle était la simple destination de l'art dit Hannah Arendt*, mais aujourd'hui l'art est une "marchandise sociale", "il est utile et légitime d'utiliser une peinture pour boucher un trou dans un mur", de choisir un tableau en fonction de la couleur de ses rideaux, ou d'acquérir une oeuvre à prix d'or pour investir sur l'avenir tout en se distinguant des petits bourgeois. (c'est moi qui ajoute)
*La crise de la culture
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« Par l’art seulement nous pouvons sortir de nous, savoir ce que voit un autre de cet univers qui n’est pas le même que le nôtre » Proust - Le temps retrouvé

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Note de lecture de Philosophie du vivre de François Jullien : "La poésie est là - s'invente - pour ramener au jour ce que ("ce que" impossible) le logos a perdu."
... même chose peut-être pour l'art en général
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Vu hier le spectacle chorégraphique d'Alain Platel "tauberbach" (dépotoir) - les corps de ses danseurs s'articulent en des positions atypiques que je recherche dans ma chute des corps. II me faudrait quelques séances de pose avec ces artistes !  Il dansent sur du Bach, j'aimerais que l'on regarde mes corps en écoutant des partitas ou le choeur de la Passion selon Saint Mathieu.

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Octobre 2015


Pour ma chute des corps, penser à Pascal :

"nous brûlons du désir de trouver une assiette ferme, et une dernière base constante pour y édifier une tour qui s’élève à l’infini, mais tout notre fondement craque, et la terre s’ouvre jusqu’aux abîmes."
ou bien : "Nous voguons sur un milieu vaste, toujours incertains et flottants, poussés d’un bout vers l’autre."
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Sur "l'originalité"
S'appuyant sur les idées de René Girard, le neuropsychiatre Jean-Michel Oughourian crée le concept de cerveau mimétique. Notre désir est toujours copié sur celui d'autrui dit-il. L'altérité nous constitue de pied en cap, sur le plan philosophique comme neurologique. Si on applique cela dans le domaine de l'art, on s'aperçoit (on s'en doutait) que la création pure n'existe pas et que l'artiste ne fait qu'agencer à sa manière - et de manière inconsciente - ce qu'il a vu chez les autres. A la limite donc, l'originalité n'est qu'une somme personnelle et unique de lieux communs. Le plagiat, lui, en est la forme consciente.

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Le rêve : un tableau sans bornes.
Un espace fini et cependant sans bornes : la surface de la sphère ! Faut-il quitter le plan/tableau pour adopter la sphère ?
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La question du "style" me turlupine - une spectatrice demandait, lors de l'une de mes expositions personnelle : "Il y a plusieurs artistes ici ?". Il est vrai que d'une série à l'autre, mes tableaux n'ont pas d'unité esthétique. Cela est peut-être dû à ma vie d'homme de théâtre : on passe d'un auteur à un autre  (à chaque spectacle) et l'on essaie d'adopter une manière différente, adéquate avec l'univers de l'auteur. C'est ça : il faut considérer mes séries comme différents spectacles !
En voyant une rétrospective de Martial Raysse, on observe aussi une disparité flagrante du point de vue de la manière (le néon, le collage, le ready made, la peinture, etc.). Alain Resnais, lui, fut un cinéaste qui a réussi à construire une oeuvre cohérente tout en bouleversant totalement à chaque film son style de mise en scène : quel rapport entre "L'année dernière à Marienbad", "Mon oncle d'Amérique" ou "On connaît la chanson"? De ce point de vue Resnais doit être un modèle artistique : il prouve que l'éclectisme peut donner quand même une certaine cohérence globale du parcours.
Le style ne se commande pas. Ces artistes qui affectent un style consciencieusement, c’est-à-dire en toute conscience, c’est la vulgarité de la marque dans le monde du commerce, ou l'équivalent de la charte graphique du monde de la com'.

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Septembre 2015


« Ce qui est fait n’est pas fini, et une chose très finie peut ne pas être faite du tout. » 

Baudelaire
Génial!

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Je sors de la rétrospective Fabrice Hyber au CRAC de Sète : quel choc ! quel univers ! voilà un peintre qui travaille la couleur, la forme et le mot dans un même élan, c'est la quadrature du cercle ! Il résout ainsi le problème où c'était arrêté Duchamp par rapport à la peinture (Marcel ne voulait plus qu'on dise "bête comme un peintre"). L'accrochage est superbe : on suit sa démarche poétique en un joyeux labyrinthe, c'est vraiment du gai savoir mais pas du savoir sachant, du savoir être humain tout simplement ; ça rend modeste en tant "qu'artiste"...

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Une question délicate

Je pense que tout artiste cherche à montrer son travail. Je n'aime pas que mes tableaux dorment dans mon atelier. Mais faut-il pour cela exposer dans n'importe quel lieu, ou bien faut-il renoncer à participer à des expositions collectives avec des "artistes" dont on n'apprécie guère le travail ? Ma condition actuelle m'incline à choisir la première solution, mais j'éprouve alors une gêne teintée d'orgueil : dans certaines expositions, je me sens noyé dans un faux compagnonnage dévalorisant. Que faire ? Travailler dans mon coin en renonçant à une reconnaissance de ceux que j'apprécie ? ou accepter toutes les propositions en attendant d'avoir peut-être le privilège de choisir ? J'hésite.

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A propos des artistes "émergents"


Il est vrai que la jeunesse est un terreau favorable pour l'inventivité et la création. Mais c'est aussi un âge où l'on suit facilement ce qui est nouveau. Et comme ce qui est nouveau n'est pas conforme, il apparaît très vite un conformisme de l'anti-conformisme, et même de la subversion, qui devient vite un bizness. 
On a vite fait de ringardiser en soi un mode d'expression classique (la peinture par exemple) sans prendre la peine d'évaluer son degré de créativité qui, malgré ses moyens ancestraux (cf Lascaux) peut parfois surpasser le contenu vide de nouvelles techniques. On traque le nouveau dans la forme, ce qui compte c'est le jamais-vu qui n'est souvent que du m'as-tu-vu. Malgré son archaïsme technologique, le peintre peut aussi être un artiste émergent, et pas seulement s'il est jeune non ? 

(Quand j'ai commencé à produire des tableaux, je pensais vraiment que ce que je faisais était "original"; à l'époque, il y avait chaque année à Paris un salon des jeunes créateurs d'art contemporain, parallèlement à la FIAC, qui s'appelait MAC 2000. J'y suis allé et fut très mal à l'aise : une grande majorité d'oeuvres se ressemblaient, et surtout ressemblaient aux miennes !) 
On échappe difficilement à l'air du temps.
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A propos de ma "chute des corps" : les hommes sont bien posés sur leur néant.

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"Nul n'a jamais écrit ou peint, sculpté,, modelé, construit, inventé, que pour sortir en fait de l'enfer."
Antonin Artaud (Van Gogh, le suicidé de la société)

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Août 2015

Hasard aidé

Tout en travaillant je me rends compte que le hasard me propose des réactions, j'y réponds ou pas - hasards positifs/hasards négatifs. Après tout, déjà, l'homme de Lascaux répondait au hasard du relief de la grotte qui lui suggérait des formes. De là à dire que le hasard fait bien les choses, non, c'est nous qui réagissons ou non. Si sa proposition ne répond pas tout à fait l'effet voulu, on peut l'infléchir légèrement, comme Duchamp "aidait" les ready-made.
On connaît bien l'importance du hasard dans l'histoire des découvertes scientifiques, mais au quotidien, le hasard est aussi toujours à l'oeuvre, si on veut bien l'écouter.
Aide le hasard et le hasard t'aidera.
Donc, laisser sa place au hasard, ne pas vouloir maîtriser tout, une manière de sprezzatura quoi.

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J'ai une réticence à l'égard de toutes les activités qui s'affirment et se veulent "artistiques". Pour moi, le patinage de vitesse a un coefficient d'art* plus important que le patinage artistique, de même pour la gymnastique ou pour l'artisanat. Il me semble que ce qu'on appelle art échappe à une volonté consciente : lorsque l'on veut faire de l'art, c'est mal parti. Donc, se méfier des galeries dites d'art : il y a ici comme une redondance malvenue.



* comme dirait Duchamp (encore lui!) 
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Le goût bon

Il faut définitivement détacher la notion de bon goût et celle d'art. "Est beau ce qui plaît universellement sans concept.", peut-être. Mais l'art n'est pas fait essentiellement pour plaire quoique le plaisir puisse accessoirement participer de la production artistique.
Le problème vient de ce que l'artiste espère trouver un écho chez l'autre, il a donc tendance à utiliser la séduction du beau (ou, ce qui revient au même, la provocation du laid), une sorte de rhétorique artistique qui peut devenir purement formelle et vide. Une juste mesure est à trouver qu'on pourrait nommer le goût bon (ou le goût mauvais) en opposition au bon goût (ou au mauvais goût) traditionnel.
Finalement, peut-être que la notion de beauté s'est ouverte et qu'elle se niche aussi bien dans le noble que dans l'ignoble. Une beauté moderne de la laideur ? (cf. Georges Didi-Huberman à propos de Georges Bataille)

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Une recherche du C'est-à-dire

Peindre, ce serait essayer de dire le je-ne-sais-quoi que je ne saurais dire.
Mais dire cela avec des mots est une nécessaire incomplétude.
(Rappel : "Inutile de peindre ce qu'il est possible de décrire"; d'où l'expression "dépeindre"?)
Reprenons les pinceaux.
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Petiloquence 
Ponge, le poète des petites choses, Morandi, le peintre.

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Juillet 2015


"Le plagiat humain auquel il est le plus difficile d'échapper, c'est le plagiat de soi-même."

Proust- Albertine disparue
En effet, combien d'artistes, suite à un certain succès, s'imitent eux-mêmes!

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Pour être équilibré il faut être un bon équilibriste.


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C'est lui-même que le sculpteur cisèle, c'est lui-même que le peintre peint,
et ils croient nous présenter le monde.


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Sans qualité ou Personnalité ?


"Je n'étais pas un seul homme mais le défilé heure par heure d'une armée composite" écrit M. Proust*.
L'unité apparente du moi que nous ressentons chez les autres ne tient que si l'on regarde de loin. Intimement, nous sommes tous faits des tesselles de chaque événement que nous avons vécu, et ce qu'on appelle "la personnalité" est une résistance sélective au flot continuel de nos perceptions. Certains sont très perméables aux stimuli extérieurs, ce sont des "hommes sans qualité", les autres, plus opaques à ce qu'ils reçoivent du monde, sont des "Personnalités" qui s'imposent en construisant un moi-fort (comme on dit un château-fort). Pour la plupart (et pour ma part) c'est une oscillation, un ballottement perpétuel, entre ces deux pôles (et apparemment, cela ce traduit dans ce que je fais).


* Albertine disparue

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Juin 2015

Après lecture de "De la philosophie considérée comme un sport " de Jacques Bouveresse :

La philosophie se trouve coincée entre l'art et la science car son matériau est le mot, sujet à la polysémie. Ainsi ses conclusions sont nécessairement imprécises, malgré ses intentions de certitude, et elle se trouve condamnée à rester entre le vague (domaine de l'art) et le précis (domaine de la science dure). D'où cette tendance à faire de la littérature d'un côté, ou à vouloir être une "science rigoureuse", de l'autre - déjà Platon jalousait les poètes et se disait géomètre. Le philosophe (comme le scientifique) est en quête de certitude, l'artiste travaille sur l'incertain comme dirait Pascal, et s'en accommode.

(J'ai peut-être voulu faire de la philosophie parce que justement j'avais une formation scientifique et que le hasard m'a fait rencontrer le monde de l'art. Après coup, il m'apparaît que le philosophe est une sorte d'artiste scientifique - ou l'inverse.)

Mai 2015


Ce passage qui prouve que Marcel Duchamp ne voulait pas abandonner la peinture mais la prenait pour un moyen au service de l'idée :
"Je m'intéressais aux idées - et pas simplement aux produits visuels. Je voulais remettre la peinture au service de l'esprit." (in Duchamp du signe)


J'aime bien cet aphorisme de Jean Metzinger : "Il est inutile de peindre là où il est possible de décrire." C'est une sorte de maxime pour la peinture non rétinienne.
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Une strophe d'un poème de Jules Laforgue - Médiocrité - qui pourrait inspirer à mon travail sur la chute des corps :

Dans l'Infini criblé d'éternelles splendeurs,
Perdu comme un atome, inconnu, solitaire,
Pour quelques jours comptés, un bloc appelé Terre
Vole avec sa vermine aux vastes profondeurs.

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Avril 2015


Lors de l'exposition des éditions Fata Morgana au musée Paul Valéry de Sète, j'avais repéré un titre qui m'avait bien plu car il se rapportait à mon travail sur la chute des corps, il s'agissait de "Harmonie amorale des astres", un texte de Charles Fournier illustré par Alechinsky, j'étais content car cela allait dans le sens de mon texte : "Par delà le haut et le bas" (un cosmos amoral sans paradis ni enfer). Chose curieuse, je ne trouvais aucune référence correspondant à cela sur Google, je tombais toujours sur des sites farfelus d'astrologie (pléonasme)... Après plusieurs essais, j'ai trouvé enfin mon erreur : j'avais lu "amorale", alors que c'était "aromale"! (une histoire de sexualité  des astres), j'étais un peu déçu, mais toutefois content : j'avais un titre original pour un prochain tableau ; ça pose quand même quelques questions sur notre conditionnement dans la lecture...  Cette anecdote m'en rappelle une autre. En 1990 j'avais réalisé une affiche pour un spectacle du Théâtre des deux rives  "Medea", en voici la maquette :

Beaucoup de gens lisaient "Coca-cola" et même, la firme américaine a voulu (en vain) nous faire retirer l'affiche des panneaux lumineux de la ville...

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Dans le catalogue de l'exposition Marcel Duchamp la peinture, même, Rodolphe Rapetti qualifie l'oeuvre duchampienne de "singulière", "ironique", "non rétinienne",  avec une conception du tableau comme "entité philosophique et esthétique".
C'est une bonne ligne à tenir :
être singulier, ironique, non rétinien, philosophique et esthétique.
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" Ne pas oublier que le monde où l'on pense n'est pas le monde où l'on vit."
Bourdieu, citant Bachelard

Variante : 
"Nous sentons dans un monde, nous pensons, nous nommons dans un autre, nous pouvons entre les deux établir une concordance mais non combler l’intervalle."
Proust - Guermantes
La démarche artistique, poétique, serait-elle un essai de "concordance" des mondes ? Etre dans "l'intervalle" ?

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Mars 2015


Si je me regarde de loin, je me reconnais ; mais si je m’approche de très très près..., je m'aperçois que je ne suis qu’une mosaïque dont les tesselles représentent les autres qui font ce que j’appelle moi. A partir de cela, il n’est pas étonnant que tout ce qui vient de soi-disant "moi" ressemble plus ou moins à ce que d’autres ont eux aussi produit. En d’autres termes, il n’y a pas de création ex nihilo et il est parfois difficile de reconnaître une œuvre copiée d’une originale.

Le style personnel est une affirmation de soi ; ceux qui n’ont pas de style propre sont influencés dans le temps par des sources différentes et se laissent façonner par de multiples circonstances au gré de leur parcours sinueux. Je suis un peu de ceux-là une sorte de Protée qui se transforme sans arrêt, c'est peut-être cela ma "personnalité".
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Vu l'exposition Rabus au Carré Ste Anne à Montpellier. Numa Hambursin, le commissaire de l'exposition, pense que la grande question de la peinture contemporaine, face à la photographie et à la vidéo, est celle de la chair et de l'image - qu'il oppose apparemment. J'interprète cette expression comme suit : seul le peintre a un rapport physique, corporel et concret avec sa production, alors que le photographe et le vidéaste passe par un médium abstrait. Or la chair est cet entrelacs du sujet et du monde dirait Merleau-Ponty, la peinture est donc plus charnelle dans son essence que les techniques numériques (elles passent par l'abstraction du nombre). Pour rebondir sur mon travail : les tesselles de la mosaïque sont  évidemment plus charnelles que les pixels de la photographie. 

Quid du peintre qui travaille à partir de photographies ?

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Février 2015


Pense-bête pour une hygiène artistique: ne pas penser, donner à penser.



« Dans ses premiers poèmes, Victor Hugo pense encore, au lieu de se contenter, comme la nature, de donner à penser. »
Proust - Guermantes
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janvier 2015


Un héros de notre temps

Yves Chauvin est mort cette semaine. Personne ne sait qui est cette personne. C’est tout simplement le Prix Nobel de chimie 2005. Pour moi c’est un vrai héros, une star. Pourquoi ? Simplement pour ceci : à la question d’un journaliste en 2005 : « Qu’est-ce que ça va changer pour vous ce Prix Nobel ? », il répond sans rire : « Je ne vais plus pouvoir vivre tranquillement. ». Les medias ne l’on jamais plus importuné.
Personnellement j'essaye d'être chauviniste (variante du pépèrisme), mais c'est dur : on a toujours envie d'être reconnu.

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Art et culture
D’une certaine façon art et culture sont antinomiques ; la culture est le résultat d’une longue répétition d’activité humaine, d’un ensemble de gestes qui se ressemblent. L’acte artistique dans son essence est au contraire une création, c’est-à-dire un avènement jusque-là insoupçonné. Comme l’art dit « brut » en atteste, un artiste peut être inculte,  s’il est « cultivé », il doit au contraire faire un effort pour sortir de sa gangue culturelle. Ainsi, l'acte artistique serait la part qui reste quand on a tout oublié de sa culture, le "coefficient d'art" dirait Marcel Duchamp.
« On peut fabriquer des objets qui font plaisir en liant autrement des idées déjà prêtes et en présentant des formes déjà vues. Cette peinture ou cette parole seconde est ce qu’on entend généralement par culture. L’artiste selon Balzac ou selon Cézanne ne se contente pas d’être un animal cultivé, il assume la culture depuis son début et la fonde à nouveau, il parle comme le premier homme a parlé et peint comme si l’on n’avait jamais peint. »  Merleau-Ponty - Le doute de Cézanne (in sens et non sens)
La "parole seconde" dont parle Merleau concerne donc les artistes de seconde main ; le grand art, lui, serait primordial, c'est-à-dire premier dans l'ordre d'une histoire de la culture, création pure. Mais est-ce possible?
(Signe des temps, le défunt Secrétariat d’Etat aux Arts et Lettres a été relooké en Ministère de la Culture et de la Communication.)

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Une autre "probité de l'art ":

"avant de peindre, se dépouiller de son intelligence, se faire ignorant, car ce qu’on sait n’est pas à soi." 
Marcel Proust - A l'ombre des jeunes filles en fleur

(Duchamp ne serait pas d'accord, ni les artistes conceptuels)

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décembre 2014


La courante de la partita N°4 de Bach ça vous cautérise un peu la mélancolie.


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novembre 2014

Vu à Beaubourg l'exposition Duchamp, la peinture même.

On y apprend que Marcel n'était pas contre la peinture en soi, mais contre la peinture rétinienne. Il faut faire appel aux sens et à l'intellect.

Le même jour, dans les pissotières du musée :
on peut lire, gravé sur le mur "Radis m'aide"
suivi de "Raidi m'aide"

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octobre 2014

A bas les ravalements!
Je suis pour la conservation de la "léprosité des vieux murs*".
(*Expression de Guillaume Apollinaire )

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Essayisme 

Je pars faire une randonnée en moi-même. Il y a des avenues, des chemins balisés et des sentiers qui pour certains, ne « mènent nulle part ». Toutes ces voies ont été tracées par les autres dans un passé plus moins lointain. Mais il reste une part de moi-même qui n'est pas encore défrichée (déchiffrée?). J'essaye d'avancer lentement, mais c'est dur : il y a plein de choses blessantes. Toujours essayer de se frayer un nouveau chemin au risque de se perdre. Mais aussi, à certains moments de se remettre sur les pas des autres.
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Vu Golgotha picnic hier ; une expression m'a frappé, je la fais mienne :
"le trait saillant de ma personnalité est mon manque de personnalité"


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Intriguer, interloquer, étonner, car moi-même je le suis.

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Je répugne à dépeindre mes tableaux.

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"Se faire un nom".

La "distinction" dont parle Bourdieu, n'est-ce pas un besoin de reconnaissance "impossible à rassasier" ? (qu'il vienne d'ailleurs du spectateur ou de "l'artiste").


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Se faire un NON.
Un artiste est anticonformiste, d’accord.
Mais il doit être aussi anti-anticonformiste, c’est-à-dire :
seul.

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"Hommes savants dans l’art de peindre
Qui me prêtez des traits si doux
Vous aurez beau vouloir me peindre
Vous ne peindrez jamais que vous."


Jean-Jacques Rousseau (au-dessous de son portrait)

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Enfance de l'art ? Acquérir L’ART DE L’ENFANCE !
(innocence)
Je l'ai vu de mes yeux vu : les enfants osent rire devant un portrait peint par Picasso. 

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Pour un art « contemporain » inclusif.
Ce n’est pas parce qu’on a inventé le son numérique qu’il ne faut plus jouer du piano, ce n’est pas parce qu’il y a la vidéo et le D.A.O. qu’il ne faut plus peindre avec un pinceau, ce n’est pas parce qu’il existe maintenant des écrans que le papier doit être abandonné. Le piano, le pinceau, le stylo ne sont pas « anti-contemporains » en eux-mêmes, tout est dans la façon – novatrice ou pas – de les utiliser.  En art, tous les moyens sont bons. Tout peut-être le support d’une véritable création contemporaine et le conformisme n’est pas toujours là où on croit…


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« Peinture, pinceau » étym. : pingere, peindre > pincelpenicellus, peniculus (instrument constitué d’un faisceau de poils) diminutif de penis « queue de quadrupède ».

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J’envisage mes productions plastiques comme des pourparlers, mais elles parlent avec des formes car les mots sont trop pauvres – ou trop riches, de sens.

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Après lecture de « la pensée sauvage »
Le bricoleur utilise des matériaux d’ouvrages humains qui ont déjà un sens. Ainsi, d’anciennes fins deviennent de nouveaux moyens, les signifiés deviennent signifiants et inversement.
Bri-coleur > colleur de débris ? débri-colleur.

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Une visiteuse à mon exposition à Castries : "Il y a plusieurs peintres dans cette exposition?"
Une vraie question que je me pose :
N'est-ce pas déjà avoir un certain style personnel que d'en affecter aucun ?

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Entre les choses et les actes d’une part, et les mots qui les désignent d’autre part, il n’y pas de correspondance absolue, il y a un léger écart possible entre le mot et la chose. Comme s’il y avait un jeu proprement mécanique entre le langage et ce qu’on appelle le réel. (En écrivant cela, on s’aperçoit d’emblée qu’on a nécessairement nommé le réel pour y penser et qu’il est comme le sparadrap du capitaine Haddock qui ne peut se détacher du langage). Mais passons outre cette tragédie humaine et constatons tout de même que cet interstice entre le mot et la chose, qui peut être un inconvénient majeur pour le scientifique essayant un compte-rendu rigoureux du réel, est comme une ouverture, une brèche, pour le poète qui profite de ce jeu mécanique pour faire glisser le sens des mots en en jouant (au sens ludique du terme, mais aussi au sens du jeu mécanique), non seulement avec leur signification mais aussi avec leur sonorité et leur aspect.


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Note pour "les racines du carré":

Les cellules cubiques sont présentes dans les glandes, les canaux et le revêtement des tubules rénaux (petites structures à l’intérieur du rein qui filtrent le sang et produisent l’urine).
Cellule cubique
Type de cellule épithéliale ayant la forme d’un carré ou d’un cube.
Un ensemble de cellules cubiques est appelé épithélium cubique.
(Mon hypothèse se confirme!)

Autre réflexion de Spinoza qui apporte de l'eau à mon moulin des "racines du carré"

"Les idées que nous avons des corps extérieurs indiquent plutôt la constitution de notre corps que la nature des corps extérieurs" (Ethique II, corollaire II de la proposition XVI)


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Re-présentation : J'ai l'impression que je joue ma vie.


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Belle métaphore de Bergson : « En réalité, la vie n’est pas plus faite d'éléments physico-chimiques qu’une courbe n’est composée de lignes droites. »

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Paradoxe
Dans une image, la forme se détache sur un fond, et c’est ce qui fait sens car le fond est proprement informe donc insensé.
Dans le langage, c’est l’inverse : on dit que c’est le fond qui est le sens, et la forme est le support du fond.
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